19/09/2012

(Lecomte, 1994, p.32-33)

(p.32) Le portail de la cathédrale est bizarrement décoré de motifs floraux, de têtes d'ani­maux et de têtes humaines. Il constitue, de l'avis des spécialistes, un des chefs* d'œuvre de l'art roman en Irlande.

Le monastère de saint Brendan s'étendait en grande partie à l'emplacement du cimetière actuel. Saint Feuillien dut s'y soumettre à une discipline Spartiate, car les moines de Cluain-Fuerta obéissaient à une règle particulièrement sévère (42). Ils pratiquaient la confession fréquente et même journalière des péchés, la fustigation pour les moindres fautes, la récitation des prières et des psaumes, les bras en croix, coupée de génuflexions répétées. Ils devaient se plonger dans l'eau glacée des lacs et des rivières, pour briser les passions de leurs sens. Tout moine se prosternait la face contre terre dès qu'il recevait un blâme d'un supérieur et il ne pouvait se relever que sur un ordre exprès. Le jeûne était quasi perpétuel, avec un seul etl frugal repas par jour, la plupart du temps au pain et à l'eau (43).

"De telles privations, pour des gens vivant dans l'âpre climat du Nord, sont d'un héroïsme qui stupéfie." (44)

Effectivement, des hommes qui, comme saint Feuillien, subirent de telles épreuves, se sont, de toute évidence, forgé une volonté et un tempérament de fer.

A Clonfert, l'étude occupait le temps que laissaient libre l'ascèse et le travail manuel. Le jeune moine y apprenait d'abord à lire et à écrire. Pour ce faire, le maître lui remettait un psautier que l'élève devait copier sur des tablettes et ap­prendre par cœur, comme de nos jours encore les jeunes Musulmans apprennent à lire et à écrire en utilisant les versets du Coran. Ainsi l'élève s'imprégnait du texte sacré. Outre la lecture et l'écriture, le jeune moine apprenait le calcul et le chant liturgique. Venaient ensuite une étude plus approfondie du vocabulaire et de la

 

(42)  Sans doute inspirée de l'éthique de saint Brendan, le fondateur du monastère :  L.  GOUGAUD, Inventaire des règles monastiques irlandaises, dans la Revue Bénédictine, 1908, pp. 167, 168 et 169.

(43)  J. CHELINI, op. dt, pp. 38 et 84. - I. SNIEDERS, op. cit., pp. 604 et 605.

(44) L. GOUGAUD, Les chrétientés celtiques, op. cit., p. 331.

 

(p.33) grammaire latines et enfin la lecture et les commentaires des Saintes Ecritures (45). Sans être des piliers de bibliothèque , les moines de Clonfert possédaient une culture littéraire et biblique supérieure à celle de la plupart des clercs de chez nous. (46)

Pendant que Feuillien terminait ses études et son noviciat à Clonfert, son frère aîné Fursy qui avait déjà revêtu l'habit monastique, était allé fonder un mo­nastère dans la campagne irlandaise, en un lieu qui, plus tard, devait porter son nom : Kill - Fursa (47), actuellement Killursa (48) à quelques kilomètres à l'est de la rive orientale du lac Corrib (49).

 

De nos jours, le site s'étend au bord d'une petite route étroite et sinueuse, dans un endroit isolé, à l'écart de toute agglomération. Les ruines d'une église se profilent au fond d'un cimetière hérissé de croix celtiques.

Au premier plan se dresse une sta­tue de saint Fursy qui accueille le visiteur.

Saint Fursy élève son regard vers le ciel. La pureté de ses traits et la simplicité de ses vêtements té­moignent d'une ferveur évangélique semblable à celle qui inspira Fra Angelico.

 

(45)  M.-J. DAXHELET, op. cit., p. 161.

(46)  I. SNIEDERS, op. cit., pp. 605 et 606.

(47)  En gaélique, "Kill" (ou "Cill") signifie "Eglise" :  Kill-Fursa = l'église de Fursy.

(48)  Une biographie médiévale de saint Fursy considère celui-ci comme le fondateur du monastère de Rathmat (Acta Sanctorum, januarii, II, col. 411), mais ce récit hagiographique est truffé d'événe­ments légendaires et entaché de nombreuses erreurs.  C'est ainsi que l'auteur de cette biographie parvient à situer le monastère de Clonfert sur une île ! En réalité, ce n'est pas à Rathmat, mais à Killursa que saint Fursy à fondé un monastère :  P. HARB1SON, op. cit., p. 158. - Certains auteurs, comme M. Chapelle et R. Angot (op. cit., p. 23) continuent à affirmer, mais à tort, que saint Fursy fut le fondateur du monastère de Rathmat, et J. Noël (Les procesions..., op. cit., p. 14) s'obstine à situer Clonfert sur une île.

(49)  Voir la carte, p. 30.

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