19/09/2012

(Lecomte, 1994, p.86)

(p.86) La légende attribue de nombreux miracles à sainte Brigide. C'est ainsi qu'un jour où elle avait entrepris de traire les vaches de son monastère, "les cuves se remplirent de lait, mais ces récipients ne purent contenir le lait qui se répandit et forma un lac qu'on a appelé le Lech Lemmachta, "le lac du lait frais" (77). D'après la tradition, sainte Brigide participait aux travaux de la ferme. L'iconogra­phie la représente portant une cruche de lait ou faisant du beurre, ou encore dans les champs, entourée de vaches et de chevaux (78).

Décédée en 524 à Kildare où elle fut inhumée et où ses reliques firent l'objet d'une grande vénération, elle jouit d'une popularité extraordinaire. Ses compatriotes lui vouèrent un culte presque idolâtre, la comparant à la Sainte Vierge et la mettant presque sur le même pied qu'elle, en l'appelant "la Marie des Gaêls" (79).

Sainte Brigide de Kildare est, après saint Patrick, la patronne de l'Irlande.

Après sa mort, son culte se répandit en Ecosse et en Angleterre. Chez nous, les missionnaires irlandais travaillèrent à faire connaître les noms et les exploits de leurs saints nationaux et à répandre leur culte (80).

C'est saint Feuillien qui, au VIP siècle, implanta le culte de sainte Brigide à Fosses (81).

Ce culte s'est perpétué jusqu'à nos jours. Une chapelle dédiée à sainte Brigide s'élève toujours sur une colline située au nord de la ville de Fosses. L'aspect général de cette chapelle remonte au XVIIe siècle, mais certaines parties de l'édifice datent du Moyen Age et le bâtiment qui a fait l'objet de plusieurs reconstructions et de nombreux remaniements, porte la trace de matériaux de réemploi (82).

Saint Feuillien aurait-il, sur le site de la chapelle Sain-te-Brigide, édifié un premier oratoire en l'honneur de la pa­tronne de sa patrie ? En se basant sur des données archéologiques, on peut, avec le doyen Crepin et avec l'his­torien L. Noir'81', répondre af­firmativement à cette ques­tion : le premier oratoire dé­dié à sainte Brigide fut l'œu­vre de saint Feuillien et de ses compagnons.

 

(77) L. GOUGAUD, Les saints irlandais hors d'Irlande, op. cit., p. 30. Une version légèrement différente de ce miracle est rapportée par J. ROMAIN, Sainte Brigide, dans Piété populaire du Namurois, Crédit communal de Belgique, Namur, 1989, p. 131 : le lait d'une seule vache aurait suffi à désaltérer un grand nombre de visiteurs arrivés à l'improviste au monastère.

(78) F. O' BRIAN, op. cit., col. 718. - A Fosses, tous les ans, le premier dimanche de mai, des pélerins se rendent à la chapelle Sainte-Brigide, pour y faire bénir des baguettes de coudrier qu'ils placent ensuite dans les étables et les écuries, afin de guérir le bétail malade: voir L. GOUGAUD, Les saints irlandais, op. cit., p.29. J. CREPIN, Le "monastère, op. cit., p. 383. I. SNIEDERS, op. cit., p. 837 et J. ROMAIN, Fosses..., op. cit., p. 134.

(79)  I. SNIEDERS, op. cit., p. 837.

(80)  L. GOUGAUD, Les saints irlandais hors d'Irlande, op. cit., pp. 26, 30 et 44. - Brigide est vénérée à l'étranger plus qu'aucun autre saint d'Irlande. Elle est la protectrice du bétail. On l'invoque spéciale­ment contre les maladies des bêtes à cornes. Dans certaines régions d'Allemagne, la volaille même a été placée sous sa protection. En Wallonie, on relève plus de 120 lieux du culte de sainte Brigide : C. HOEX, Enquête sur le culte et l'iconographie de sainte Brigide d'Irlande en  Wallonie, cité par J. ROMAIN, Sainte Brigide, op. cit., p. 934.

(81)  Y apporta-t-il aussi une relique (un petit fragment d'os) de sainte Brigide, qui est toujours conservée à Fosses ?

(82)  Suivant J. CREPIN, (Le monastère..., op. cit., pp. 380, 381 et 382), une chapelle édifiée par les moines irlandais subsista jusqu'au XVIe siècle, époque à laquelle elle fut détruite par les Huguenots. On construisit une nouvelle nef en style gothique en 1573, puis deux porches latéraux en 1659. La tour a subi de nombreux remaniements auxquels on ne peut assigner aucune date précise. Quant à la flèche du clocher, elle a été reconstruite en 1924 : J. Crepin, dans les Cloches de Saint-Feuillien, N° 14 de février 1924, et n" 23 de novembre 1924.

(83) L. NOIR (op. cit., p. 56, note 3) et J. CREPIN (Le monastère..., op. cit., p. 375) affirment que c'est "certain", tandis que A. DIERKENS (op. cit., p. 310, note 185, p. 314, note 202, et p. 315), estime que c'est "probable".

 

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