20/09/2012

(Lecomte, 1994, p.12-14)

(p.12) A la mort de Clovis son royaume fut partagé entre ses quatre fils(41>. Thierry reçut l'Austrasie et s'installa à Reims, tandis que Childebert devint roi de Neustrie et choisit Paris pour capitale.

L'Austrasie (42) couvrait une vaste région située au nord de la Neustrie et I comprenait la plus grande partie de l'actuelle Belgique. La frontière entre l'Austra­sie et la Neustrie est mal définie ; elle changea plus d'une fois ; elle correspondait soit avec les anciennes limites du diocèse de Liège et du diocèse de Cambrai, soit avec la "forêt charbonnière" (43), soit avec le cours de l'Escaut (44). A cette époque, Fosses faisait donc partie du royaume d'Austrasie.

 

Les descendants de Clovis ne cessèrent de se faire la guerre et de s'entre-tuer, pour étendre leur puissance au détriment les uns des autres. Il serait fasti­dieux d'énumérer les luttes fratricides qui opposèrent ces princes issus d'une même dynastie. L'historien F. Lot les résume en ces termes ; "Le christianisme n'a exercé aucune influence morale sur les descendants de Clovis. Perfidie, cruauté, luxure sont les attributs de cette dynastie. Leur duplicité égale ou dépasse celle des Byzan­tins eux-mêmes. Leur histoire n'est qu'une succession de scènes hideuses et de meurtres (45)".

Les membres de l'aristocratie ne valaient pas mieux : "C'est à l'époque mé­rovingienne que s'est formée cette noblesse franque, puis française, batailleuse,

 

(41)  Comme l'auraient été les biens d'un particulier, car pour les Mérovingiens, le "royaume" était consi­déré comme un patrimoine :  G. FAIDER, op. cit., p. 31.

(42)  En réalité, cette région ne prit le nom d'Austrasie que vers 590 (officiellement en 623) :  F. LOT, La fin..., op. cit., p. 354.

(43)  A. DIERKENS, Abbayes et Chapitres de l'Entre-Sambre-et-Meuse (VII' - XP siècle), Thorbeke, 1985, pp. 319 et 320. On a pu établir le tracé approximatif de cette fameuse "forêt charbonnière" : du sud de la Sambre (aux environs de Lobbes) à la Dyle (près de Louvain), c'est-à-dire une forêt dirigée du Sud-Ouest au Nord-Est.

(44)  G. FAIDER, op. cit., p. 33.

(45)  F. LOT, La fin..., op. cit., p. 353.

 

(p.13) indifférente aux choses de l'esprit, foncièrement égoïste et anarchiste, qui fit plus tard le malheur de la France (46)."

Certains historiens (47) ont tenté de réhabiliter la mémoire des rois mérovin­giens en faisant remarquer que plusieurs d'entre eux, comme Chilperic, avaient une certaine culture, mais sans doute ne s'agit-il là que d'exceptions qui confirment la règle.

"La dynastie gardait avec fierté ses traditions de famille et comme elle était d'origi­ne barbare, ces traditions étaient barbares aussi" (48).

Pourquoi insister aussi longuement sur les turpitudes des rois mérovingiens, dans un exposé qui a pour objet l'histoire de Fosses ?

Tout simplement parce que la barbarie des rois est le reflet des mœurs de l'époque et que, pour apprécier la tâche de saint Feuillien à sa juste valeur, il convient de brosser le tableau de la société dans laquelle il a atterri.

Saint Feuillien est arrivé à Fosses en 651, cent quarante ans après la mort de Clovis et tout juste après le règne de Dagobert, le dernier grand roi de la dynastie, qui mérite, lui aussi, un portrait.

Souverain fastueux, énergique et grand bâtisseur d'églises, Dagobert avait réussi à rétablir l'unité du royaume des Francs*49'. Mais il était, comme bon nombre de ses ancêtres, très porté sur le sexe. Il se maria trois fois et il entretenait une multitude de concubines qu'il honorait à tout moment ; il lui arrivait donc de devoir se rha­biller précipitamment ; c'est peut-être la raison pour laquelle le grand saint Eloi dut, un beau matin, lui adresser les reproches vestimentaires rapportés par la chan­son (50).

Quoi qu'il en soit, le roi Dagobert s'entoura de conseillers sages et éclairés. Il plaça à leur tête un membre de l'aristocratie, Pépin de Landen. Ce choix aura, comme nous le verrons, une influence essentielle sur le destin du pays de Fosses.

En fait, comment vivaient nos ancêtres, les Gallo-romains qui peuplaient le pays de Fosses avant l'arrivée de saint Feuillien ?

Ils habitaient, pour la plupart, dans des maisons faites de poteaux de bois et de claies de branchages enduits d'argile, dont le toit était en chaume et dont le sol était constitué d'une couche de limon battu (51). Les bâtiments construits en maçon­nerie et matériaux durs dont l'emploi avait été caractéristique de l'époque romaine et dont la plupart avaient été détruits lors des invasions du IIIe siècle, furent rare­ment réédifiés à l'époque mérovingienne (52) : certains habitants s'accordèrent de ruines plus ou moins remises en état (53), tandis que d'autres construisirent des chau­mières entourées d'un jardin, et parfois groupées en petites agglomérations rura­les (54). C'est du groupement de ces dernières que sont nés nos villages.

A cette époque, des huttes analogues aux habitations des temps anciens sont donc apparues ou réapparues sur notre sol ; l'historien E. Salin y voit "un retour vers la préhistoire, consécutif aux misères du temps" (55).

Ce fut, effectivement, une période de récession et de recul de la civilisa­tion (56). Les routes, peu ou mal entretenues, se réduisaient de plus en plus à des

 

(46)  F. LOT, C. PFISTER et F.-L. GANSHOF, op. cit., p. 386.

(47)  H. PIRENNE, De l'état de l'instruction des laïques à l'époque mérovingienne, dans la Revue béné­dictine, Maredsous, 1934, p. 167. - P. RICHE, Education et culture dans l'Occident barbare aux VIIe et VIIIe siècles, Paris, 1962, pp. 264, 268 et 269. - M.-J. DAXHELET, op. cit., pp. 150 à 153.

(48)  G. KURTH, op. cit., p. 248.

(49)  F. LOT, La fin..., op. cit., p. 360.

(50)  M.-J. DAXHELET, op. cit., p. 224.

(51)  G. FOURNIER, Les Mérovingiens, P.U.F., Paris, 1983, p. 85.

(52)  G. FAIDER, op. cit., p. 59. Sur quelques 400 villas édifiées en Wallonie, une vingtaine subsitaient : G. DUMONT, op. cit., p. 46.

(53)  E. SALIN, La civilisation mérovingienne, Paris, 1949-1959, t.I, p. 423.

(54)  G. DUMONT, op. cit., p. 57.

(55)  E. SALIN, op. cit., p. 425.

(56)  H. PIRENNE, op. cit., p. 31.

 

(p.14) chemins creux. Beaucoup de terres arables étaient retournées en friche. Nos ancê­tres cultivaient un petit jardin attenant à leur demeure, pour subvenir aux besoins de leur famille. Les prairies basses et humides étaient utilisées pour la pâture de vaches, de veaux, de moutons et de chèvres. Des troupeaux d'oies y déambulaient. Les chevaux qui présentaient une valeur considérable, avaient les pieds entravés de l'une ou l'autre manière, pour leur interdire de s'échapper (57). La forêt qui couvrait, rappelons-le, la plus grande partie du pays de Fosses, était la providence des petits paysans. Source d'approvisionnement en bois de charpente et en combustibles, elle leur fournissait la cire des abeilles et leur miel qui tenait lieu de sucre. Les porcs se nourrissaient des glands et des faines de cette forêt qui permettait aussi la pro­duction du charbon de bois indispensable au travail du minerai de fer (58).

Les colons francs recherchaient avant tout la proximité des puits, sources ou rivières (59). Certains d'entre eux s'installèrent donc vraisemblablement dans le pays de Fosses où les points d'eau étaient abondants.

Ils y construisirent des habitations en bois, conformément à leurs coutumes ancestrales. Il s'agissait de huttes mi-souterraines, recouvertes de roseaux ou de chaume, dont les murs étaient formés de claies tapissées de glaise et fixées à des poteaux. Ces maisons étaient généralement rectangulaires. Elles avaient, en moyenne, qua­tre à six mètres de côté et elles étaient groupées en petits hameaux (60).

Sous l'influence des Francs, le bois prit une importance croissante dans la construction, aux dépens des matériaux durs qui avaient été employés à l'époque romaine. Une évolution analogue s'observe dans le mobilier. La céramique et le verre furent souvent remplacés par le bois. Plusieurs textes font allusion à l'utilisa­tion d'une vaisselle de bois et à une certaine époque, on s'est même posé la ques­tion de savoir s'il était permis de célébrer la messe en utilisant des vases sacrés en bois (61).

Le mode de construction en matériaux fragiles (argile, torchis, bois) expli­que la rareté des sources archéologiques sur l'occupation du sol. Les demeures habitées par les hommes d'alors n'ont guère laissé de traces (62) et les témoignages archéologiques se réduisent presque exclusivement à des sépultures. De plus, un grand nombre de fouilles de cimetières mérovingiens ont été poursuivies avec négli­gence durant le siècle dernier, le seul souci des prospecteurs étant de recueillir le plus d'objets possible (63).

Tel est le cas du cimetière franc de Fosses, au lieu-dit "Tordu Chêne" à Aisément (64), qui fut exploré par des membres de la Société archéologique de Namur, en 1904 : il avait déjà été visité auparavant et on n'y trouva plus aucun objet, sauf une ceinture en fer.

Ce cimetière à inhumation comprenait trente-quatre tombes réunies sur le versant nord de la Biesme, dans un terrain calcareux à pente forte dirigée vers le midi. Les tombes étaient disposées du levant au couchant et avaient une profondeur moyenne de soixante centimètres. Six tombes étaient revêtues de dalles, les autres étaient de simples excavations dans le sol. Une seule contenait des traces de cer­cueil.

Quatre fosses avaient été occupées par un adulte et quatre autres avaient reçu chacune un corps d'enfant. Deux autres contenaient un enfant à côté d'un adulte. On a également trouvé un enfant dans une tombe, à côté de trois adultes dont un placé vingt centimètres plus bas que les autres.

 

(57)  L. VAN der ESSEN, Le siècle des Saints, Bruxelles, 1942, pp. 21 et 22.

(58)  A. JORIS, Du V" au milieu du VHP siècle. A la lisière de deux mondes, Bruxelles, 1967, p. 22.

(59)  G. FAIDER, op. cit., pp. 60 et 121.

(60)  E. SALIN, op. cit., t.I, pp. 418 à 422.

(61)  G. FOURNIER, op. cit., pp. 85, 86 et 87.

(62)  E. SALIN, op. cit., t.I, p. 411.

(63)  F. ROUSSEAU, La Meuse..., op. cit., G. FAIDER, op. cit., pp. 10, 35 et 117.

(64)  Dans la courbe de la Biesme située au sud-est du pont de la Spinette, à Aisemont. "Tordu Chêne" signifie "Chêne au tronc tordu" :  G. LAMBIOTTE et R. DELCHAMBRE, op. cit., pp. 45, 66 et 78.

(Lecomte, 1994, p.15)

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(Lecomte, 1994, p.15-21)

(p.15) Le squelette d'une tombe était couché sur le dos, la main gauche ramenée sur la poitrine, il avait aux reins une ceinture en fer de deux centimètres de largeur (65).

Le cimetière mérovin­gien d'Aisemont mérite quel­ques commentaires.

Le choix du site est classique aux VIe et VIIe siècles : un coteau face au midi, domi­nant un cours d'eau (66). Plus tard, au VIIIe siècle, l'évan-gélisation de nos régions fa­vorisera le développement des cimetières autour des églises, qui remplaceront les cimetières en plein champ (67).

Le nombre de sépultures cor­respond à la moyenne de la plupart des cimetières francs fouillés en Belgique (68).

L'orientation des tombes sui­vant un axe ouest-est relève d'une coutume germanique liée au culte solaire. En Gau­le mérovingienne, c'est vers l'est que, de façon générale, les tombes sont orientées. Comme sa tête repose à l'est, le défunt a la face dirigée vers l'orient et le soleil le­vant. Cet usage semble avoir été introduit en Wallonie par les Lètes. Avant l'arrivée de ceux-ci, la disposition et l'orientation des sépultures dans les cimetières gallo-romains étaient généralement très irrégulières et elles ne répondaient à aucune règle. Lors de la lente imprégna­tion chrétienne de nos régions, entre les VIIe et VIIIe siècles, l'usage germanique sera conservé, calqué dès lors sur l'orientation des sanctuaires, dont le chœur est à l'est et où les fidèles regardent donc vers la Terre Sainte et Jérusalem. Les croyan­ces liées au culte solaire furent apportées chez nous par les Francs. Le christianisme qui suivit a fini par conduire au même résultat, si bien qu'en ce qui concerne l'orientation des tombes, christianisation et croyances païennes ont eu les mêmes effets (69).

L'emplacement du cimetière franc se trouve dans la courbe de la Biesme située au sud-ouest du pont de la Spinette, à gauche du chemin qui monte vers Aisemont.

 

(65)  A. MAHIEU, Petites fouilles exécutées par la Société archéologique de Namur, dans les Annales de la Société archéologique de Namur, t. 30, 1911, pp. 184 et 185.

(66)  E. SALIN, op. cit., t.II, p. 95. Les Francs rendaient un culte aux eaux. En raison de la vertu des sources et des abîmes d'où elles naissent, qui communiquent avec le monde des morts, des séputlures sont très souvent établies à proximité d'un cours d'eau.

(67)  M.-J. DAXHELET, op. cit., p. 120.

(68)  La plupart des quelque cinq cents cimetières francs fouillés en Belgique se limitent à 30 ou 40 tombes, mais il en est qui dépassent la centaine :  G. FAIDER, op. cit., p. 120.

(69) E. SALIN, op. cit., t.II, pp. 189 à 192, G. FAIDER, op. cit., pp. 118 et 119.

 

(p.16) Les Francs enterraient leurs morts, contrairement aux Romains qui les inci­néraient. L'inhumation était la règle, à l'époque mérovingienne, pour les Gallo-Ro­mains comme pour les Francs, pour les clercs comme pour les laïcs et quelle que soit la situation sociale du défunt<70).

Ni l'orientation des tombes du cimetière d'Aisemont, ni le recours au procé­dé de l'inhumation ne permettent donc de préciser les croyances religieuses des dé­funts ; celles-ci restent inconnues, vu l'absence d'objets qui eussent permis de les déterminer.

A l'époque, les défunts reposaient souvent en terre libre, sans sarcophage ni cercueil (71). Il n'empêche qu'au cimetière d'Aisemont la rareté des dalles (six pour trente-quatre tombes) peut faire présumer d'une certaine pauvreté de la popula­tion.

De même, le nombre relativement élevé de squelettes d'enfants témoigne d'une mortalité précoce. En général, les hommes mouraient avant 40 ans,les femmes avant 30 ans (72).

La principale caractéristique du cimetière d'Aisemont me paraît être la coexis­tence de sépultures collectives et de sépultures individuelles. Alors que la majorité des tombes ne contenaient qu'un seul corps, trois autres renfermaient chacune deux défunts et l'une d'elles les corps superposés de trois adultes et d'un enfant. Or, les Francs n'utilisaient que des tombes individuelles, tandis que les descendants des Gallo-Romains faisaient usage de sépultures multiples, de tombes familiales (73). Il en résulte que le mélange observé au cimetière d'Aisemont, de ces deux types de sépultures, témoigne de l'existence d'une population mixte et d'une certaine fusion entre les éléments de cette population.

Quels étaient ces éléments et comment s'opéra la fusion ? La question est complexe et elle a donné lieu à de nombreuses controverses.

A un fond de population néolithique étaient venus s'ajouter des éléments celtiques, des éléments romanisés et des éléments germaniques. Dans quelle proportion ? Dieu seul le sait. Pas plus que pour la période romaine, nous ne disposons d'aucune information précise sur le chiffre de la population à l'époque mérovingienne. Les historiens, quant à eux, émettent des opinions divergentes, principalement en fonc­tion des thèses qu'ils défendent au sujet de la formation de la frontière linguistique en Belgique (74). Certains auteurs estiment que la Wallonie actuelle était "profondé­ment romanisée" (75), tandis que d'autres prétendent, au contraire, que l'Austrasie fut "profondément germanisée" (76), même avant la conquête romaine (77) et que les Francs qui s"y installèrent plus tard, s'y comportèrent en maîtres (78). Pour d'autres enfin, la population de la Wallonie était presque entièrement composée "de méso­néolithiques, aux yeux et cheveux foncés, dénommés alpins et qui vinrent dans le pays quelque dix millénaires avant Jésus-Christ, tandis que l'apport de sang latin fut aussi infinitésimal que, plus tard, l'apport de sang espagnol (79).

 

(70)  G. FAIDER, op. cit., p. 117. - E. SALIN, op. cit., t.I, p. 213.

(71)  E. SALIN, op. cit., t.I, p. 213. - G. FAIDER, op. cit., p. 119.

(72)  M.-J. DAXHELET, op. cit., p. 126. Les épidémies de peste, de variole et de dysenterie étaient très meunières.

(73)  E. SALIN, op. cit., pp. 213 et 214.

(74)  Sur la controverse relative à l'épineuse question de la formation de la frontière linguistique et de la colonisation franque en Belgique, voir l'excellente synthèse de A. JORIS, op. cit., pp. 6 à 15 et la bibliographie établie par cet auteur pp. 46 et 47.

(75)  J.-F. NIERMEYER, La Meuse et l'expansion franque vers le Nord, aux VII' et VIIIe siècles, dans les Mélanges Rousseau, 1958, p. 462.

(76)  G. FOURNIER, op. cit., p. 92.

(77)  M. GYSSELING, La genèse de la frontière linguistique dans le Nord de la Gaule, Revue du Nord, t. 44, 1962.

(78)  C'est l'hypothèse du Herrensieldung, c'est-à-dire de l'occupation par une mince couche de Francs, se comportant en maîtres ; A. JORIS, op. cit, p. 11.

(79)  G. DUMONT op. cit., p. 47.

 

(p.17) En réalité, aucun élément déterminant ne permet de trancher cette controverse. Comme l'a écrit l'historien F.L. Ganshof, "il est impossible d'avancer, dans ce domaine, quoi que ce soit de certain" (80).

En tout cas, lorsque les Francs s'installèrent chez nous, certaines traces de la romanisation disparurent et les habitants retournèrent à la vie de clan (81), mais les envahisseurs n'imposèrent, semble-t-il, ni leur langue, ni leurs coutumes aux populations locales (82). Par la suite, les Francs se mêlèrent aux anciens habitants, tout en gardant leur personnalité, leurs conceptions politiques et leurs lois ; un modus vivendi s'établit entre les deux ethnies (83). Les colonies franques, en tout cas, n'étaient pas assez nombreuses, en Wallonie, pour absorber les populations locales et plus tard les Francs s'assimilèrent progressivement aux

Gallo-Romains et finirent par adopter leurs coutumes et leur langue (84). Cette fusion des Francs avec les populations indigènes se fit sans heurts (85) et les barrières étaient tombées entre les deux mondes lorsque les Gallo-Romains et les Francs se mirent à enterrer leurs morts dans les mêmes cimetières, comme à Aisemont.

Le seul objet découvert au cimetière d'Aisemont - une modeste ceinture en fer - constitue, à mes yeux, une sorte de symbole des rares apports positifs des Mérovingiens dans la région.

Les Francs, rappelons-le, étaient avant tout des guerriers et le restaient jus­que dans la mort : ils se faisaient inhumer avec leurs armes. Ils aimaient la guerre, non seulement par goût de l'aventure, du risque, de la violence et de la gloire, mais surtout comme une source de butin ; ils enlevaient le bétail, les monnaies, les meubles, jusqu'aux planches et aux clous et ils faisaient des prisonniers pour ali­menter les marchés d'esclaves (86).

Or, qui dit "amour de la guerre" dit "amour des armes", ce qui implique le déve­loppement de la métallurgie et de l'industrie du fer.

Les guerriers francs étaient armés de haches massives à manche de bois très court (les francisques), d'arcs et flèches, de lances (les framées) et de sabres courts à un seul tranchant (les scramasaxes). L'épée à double tranchant (la spatha) et le javelot muni d'une corde (l'angon) semblent avoir été des armes de chef (87).

Chaque guerrier devait se procurer, à ses frais, l'une ou l'autre ou plusieurs de ces armes. Sa vie au combat pouvait dépendre de ce choix, et l'on conçoit que certaines recrues se soient imposé de lourds sacrifices pour acquérir un bon armement.

C'est ainsi qu'à cette époque caractérisée par une économie rétrograde sur le plan technique, seule l'industrie du fer et spécialement celle des armes marqua, dans nos régions, un net progrès sur les périodes antérieures. Les procédés de fabrication s'améliorèrent. Alors que les Romains utilisaient des masses homogè­nes, les artisans mérovingiens juxtaposèrent par soudure des métaux de natures différentes dans la fabrication des armes (88).

"Art sacré, la métallurgie fut d'abord un art militaire". (89)

La permanence d'ateliers métallurgiques en Entre-Sambre-et-Meuse est in­contestable. On a pu déterminer avec certitude, dans cette région, l'importance du

 

(80)  F.-L. GANSHOF, La Belgique carolingienne, Bruxelles, 1965, p. 170.

(81)  P. RICHE, Education et culture dans l'Occident barbare, aux VIP et VIII' siècles, Paris, 1962, p. 55.

(82)  F. LOT, La fin..., op. cit., p. 345.

(83)  F. LOT, La fin... op. cit., p. 338.

(84)  G. FAIDER, op. cit., p. 26 - H. PIRENNE, op. cit., p. 25.

(85)  M.-J. DAXHELET, op. cit., p. 24.

(86)  M.-J. DAXHELET, op. cit., p. 99.

(87)  G. FAIDER, op. cit., p. 45.

(88)  G. FAIDER, op. cit., pp. 80 et 111. - A. JORIS, op. cit, pp. 40 et 41.

(89)                      G. DUBY, Guerriers et paysans..., op. cit., p. 90 .

 

(p.19) travail du fer et spécialement des épées, des francisques et des pointes de lance. Le bassin de la Sambre formait un des centres artisanaux les plus actifs de l'Austrasie (90). Les spécialistes de la métallurgie y ont maintenu sans interruption leur activi­té entre le Ve et le VIIIe siècles (91).

Les bas fourneaux devaient se trouver à l'époque mérovingienne, comme sous l'Empire romain, à proximité des mines et en milieu forestier. Le minerai était utilisé sur place. Les forges produisaient non seulement des armes, mais également des outils, des fibules et des clous ; elles travaillaient non seulement pour couvrir les besoins locaux, mais aussi pour l'exportation (92). Des ateliers appartenant à l'Etat s'étaient spécialisés dans la fabrication de lames d'épée de haute qualité, qui firent l'objet d'un trafic international (93). La fabrication de clous, localisée dans la vallée de la Sambre, était, elle aussi, une industrie d'exportation (94). Des marins remon­taient la Meuse ; ils y chargeaient des produits métallurgiques provenant des mar­chés locaux pour les transporter dans de vastes entrepôts situés à l'embouchure de la Meuse et allaient ensuite les distribuer au loin (95).

On a décelé les traces d'une fonderie sur le site de l'Houchenée, à Fosses et une route menait à la Sambre et à la Meuse. Or, la circulation par voie d'eau, fort importante à l'époque romaine, restait très active à l'époque mérovingienne. Elle suppléait au réseau routier là où il avait trop souffert. Chez nous, l'axe de la Meuse resta l'artère essentielle du trafic (96) tandis que la navigation sur la Basse Sambre y tenait une place honorable (97). Il est hautement probable que nos ancêtres du pays de Fosses ont participé au travail et au commerce du fer à l'époque méro­vingienne. Des fouilles archéologiques pourraient sans doute le confirmer.

Il ne faudrait pas en déduire que les habitants vivaient dans l'aisance, car le pays de Fosses faisait partie d'un grand domaine et les profits tirés de l'industrie du fer allaient au propriétaire du domaine ou à l'Etat. De même, si des progrès s'étaient manifestés dans l'agriculture (apparition du moulin à eau, de la charrue et de l'assolement triennal), la superficie des bois et des forêts était encore très impor­tante ; de plus certaines terres cultivables (98) étaient retournées en friche depuis les invasions et les grands propriétaires ne s'en souciaient guère, car ils tendaient de plus en plus à ne produire que ce qui leur était nécessaire : le rendement des fermes se limitait aux besoins de la communauté qui vivait dans le domaine. L'éco­nomie, avant tout rurale et caractérisée par la prédominance du grand domaine, devint essentiellement autarcique. A l'intérieur même du pays, le commerce de denrées alimentaires, de vêtements et de poteries n'existait pratiquement plus (99).

 

Cette récession économique se doublait d'une profonde inégalité sociale.

 

(90)  H. HASSE, Où les Francs allaient-ils chercher le fer ?, dans Bulletin de la Société royale d'Archéo­logie et de Préhistoire, t. 62, 1951, pp. 127, 128 et 130. G. FAIDER, op. cit., pp. 78 et 79.

(91)  A. JORIS, op. cit, p. 23.

(92)  F. ROUSSEAU, La Meuse..., op. cit. p. 101.

(93)  G. FAIDER, op. cit., p. 77.

(94)  V.   TAHON,  L'industrie cloutière au pays de Charleroi,  dans les Documents et Rapports de la Société archéologique de l'Arrondissement judiciaire de Charleroi, t. 36, 1914-1921, pp. 7 à 71.

(95)  M.-J. DAXHELET, op. cit., p. 113.

(96)  E. SALIN, op. cit., t.I, p. 129 - A. JORIS, op. cit., pp. 26 et 27. G. FAIDER, op. cit., p. 69. - H. PIRENNE, op. cit., p. 31.

(97)  M. ARNOULD, La navigabilité ancienne de la Sambre dans les Mélanges F. Rousseau, 1958, p. 67.

(98)  Plusieurs auteurs, comme M. BROZE (Essai sur le développement de la ville de Fosses, des origines à 1342, Mémoire de Licence en Histoire, U.L.g., 1957-58, p. 20), ont sans doute exagéré l'aridité des terres du pays de Fosses, "peu épaisses et caillouteuses". Ces terres, en effet, ne sont pas homogènes et certaines d'entre elles, à Aisemont, par exemple, valent les terres fertiles de la Hesbaye. D'autres, par contre, plus schisteuses et plus pauvres, se prêtent plutôt à la culture de céréales moins exigean­tes, comme l'escourgeon, l'orge et l'avoine. Elles nécessitent, en général, un drainage qui était déjà pratiqué par nos ancêtres.

(99) Ch. LELONG, La vie quotidienne en Gaule à l'époque mérovingienne, Paris, 1963, pp. 38 et 39. G. FAIDER, op. cit., pp. 53, 56, 59, 60, 64 et 67. M.-J. DAXHELET, op. cit., pp. 104 à 107.

 

(p.19) Théoriquement, les Francs avaient instauré le principe de l'égalité politique entre tous les citoyens. "Il n'y a plus ni Romains ni Barbares. Tous portent le même nom de Francs. Tous possèdent les mêmes droits". (100)

En fait, il ne subsistait plus de classe moyenne intermédiaire entre l'aristocratie des grands propriétaires fonciers et la plèbe : l'extrême misère voisinait avec l'extrême richesse (101). Le cloisonnement de la société en classes strictement hiérarchisées ajoutait encore à l'inégalité des citoyens. A l'aristocratie, composée de grands pro­priétaires fonciers, se juxtaposaient des colons, paysans propriétaires de petites parcelles de terrain, mais fixés au sol qu'ils possédaient, les liberti esclaves affran­chis qui devaient payer un tribut au maître qui les avait libérés, et les esclaves qui étaient très nombreux à cette époque (102).

Les grands propriétaires fonciers vivaient uniquement des revenus de leurs terres, sans travailler eux-mêmes. Ils avaient à leur service un nombre relativement consi­dérable d'esclaves.

Dès le VIIe siècle, la vallée supérieure de la Meuse a joué dans l'histoire de la traite et de l'esclavage une fonction d'une importance internationale (103). Les esclaves étaient recrutés avant tout parmi les prisonniers de guerre ; ils pouvaient également être achetés et un commerce permanent d'esclaves était établi dans nos régions (104).

Il ne fait aucun doute que des esclaves furent astreints au travail de la terre, à l'entretien du bétail et à l'exploitation du fer, au pays de Fosses. Or les esclaves n'étaient pas considérés comme des personnes, mais comme du bétail, comme des choses. Le meurtre ou le vol d'un esclave était puni de la même amende que celui d'un cheval (105). Lorsqu'une "villa" était donnée ou vendue, les esclaves qui y tra­vaillaient étaient cédés en même temps et au même titre que le cheptel (106). Cette conception de l'esclavage remonte à la plus haute antiquité tant chez les Celtes que chez les Romains et chez les Francs. Les Chrétiens, par contre, considéraient les esclaves comme des hommes et on devine la tâche qui attendait saint Feuillien, à Fosses, pour changer une mentalité aussi profondément ancrée dans les mœurs.

Ces mœurs étaient, rappellons-le, parfaitement dissolues et barbares. Seule une élite de clercs, de moines et de princes avaient accès à la culture intellec­tuelle (107).

Partout régnait la loi du plus fort. Le rapt, le vol à main armée, le meurtre n'étaient pas rares (108).

Tout s'achetait, même les charges ecclésiastiques, même les offices royaux, même les consciences (109).

Pour l'historien G. Duby, l'Austrasie était "la province la plus sauvage du royaume franc (110).

Il est vrai que la vie de nos ancêtres n'était guère enviable, d'autant plus que les obligations du service militaire et de l'impôt s'étaient considérablement alourdies depuis l'avènement des rois chevelus.

Loin de supprimer les impôts instaurés par les Romains, les Mérovingiens les amplifièrent. Ils multiplièrent les impôts indirects ou tonlieux comprenant les

 

(100)  G. KURTH, op. cit., p. 243.

(101)  A. GRENIER, La Gaule, province romaine, Paris, 1946, p. 122.

(102)  G. FAIDER, op. cit., p. 49. - H. PIRENNE, op. cit., p. 33.

(103)  Ch. VERLINDEN, Traite et esclavage dans la vallée de la Meuse, dans les Mélanges Rousseau, Bruxelles, 1958, p. 686.

(104)  G. FAIDER, op. cit., p. 50.

(105)  Ch. LELONG, op. cit., p. 24.

(106)  M.-J. DAXHELET, op. cit., p.95.

(107)  G. DUBY, Guerriers et paysans..., op. cit., p. 91.

(108)  M.-J. DAXHELET, op. cit., pp. 116 et 183.

(109)  L. VAN der ESSEN, Le siècle des Saints, Bruxelles, 1942, p. 23.

(110)  P. RICHE, Education et culture dans l'Occident barbare. VI' - VHP siècles, Paris, 1962, p. 548.

 

(p.20) douanes les droits de marché, les péages perçus à l'occasion de la circulation des personnes et des marchandises, les taxes sur les voitures de transport, sur les bêtes de somme, les voies de halage, sur le passage de ponts, etc... La perception de ces impôts était facile : il suffisait par exemple de barrer un pont ou une route pour les lever (111). Par contre, la perception de l'impôt foncier, qui se heurtait à une! grande résistance de la part de la population, eût exigé, pour fonctionner, une administration complexe et vigilante qui n'existait plus (112). C'est pourquoi les per­cepteurs en furent réduits à lever ces impôts, les armes à la main. Au temps de saint Feuillien, quand on voulait se débarrasser d'un haut fonctionnaire, on l'en­voyait percevoir le "cens" : il y avait une chance pour qu'on ne le revoie plus (113).

Quant au service militaire auquel la plupart de nos ancêtres échappaient au temps de Rome, il devint, à l'époque mérovingienne, obligatoire pour tous les hommes libres, dès leur majorité guerrière, c'est-à-dire à l'âge de quinze ans. Cer-l tes, il n'y avait pas d'armée permanente et le roi ne levait des troupes que dans les perspectives d'un conflit (114); dans ce cas, tout homme libre, qu'il soit descendant des Francs ou des Gallo-Romains, était astreint à porter les armes, à ses frais<115). Le réfractaire payait une très lourde amende (116).

Les armées franques étaient un ramassis d'indigènes sans instruction militaire ni réelle valeur guerrière. Pas plus qu'il n'y avait d'uniforme, il n'y avait d'armement réglementaire : chacun s'armait selon ses moyens, ses goûts, sa force (117). L'histo­rien F. Lot se demande comment ces masses confuses et indisciplinées ont pu remporter des succès ; c'est sans doute, à son avis, parce que leurs adversaires étaient encore inférieurs en organisation et, en outre, moins nombreux (118). En réa­lité, les Francs évitaient les batailles rangées, leur préférant les attaques surprises (119).

Leur tactique était élémentaire : leurs ennemis se voyaient écrasés sous une masse de guerriers déchaînés (120).

Une dernière question : quelle langue les habitants du pays de Fosses parlaient-ils avant l'arrivée de saint Feuillien ?

En réalité, la grande majorité de la population utilisait toujours la langue celtique, mais une minorité baragouinait un latin abâtardi et une infime minorité composée de colons francs, s'exprimait en francique.

Le celte était loin d'avoir disparu dans nos campagnes. La langue gauloise s'y perpétuait à l'état de patois chez les gens du peuple (121).

Un des motifs qui déterminèrent les évêques et les rois mérovingiens à faire appel à des moines irlandais pour évangéliser nos campagnes fut une raison d'ordre lin­guistique : ces moines, notamment saint Feuillien, parlaient un dialecte celtique semblable au langage de nos ancêtres.

C'est en latin qu'étaient rédigés les actes administratifs, mais nul n'était plus capa­ble de parler ni d'écrire un latin correct. Le latin classique était tombé en ruine. (122).

 

(111)  L. FEFFER et P. PERRIN, op. cit., p. 25.

(112)  H. PIRENNE, op. cit., p. 32.

(113)  F. LOT, La fin..., op. cit., pp. 376 et 377.

(114)  M.-J. DAXHELET, op. cit., p. 96.

(115)  G. FAIDER, op. cit., p. 44.

(116)  F. LOT, La fin..., op. cit., p. 378.

(117)  M.-J. DAXHELET, op. cit., p. 98.

(118)  F. LOT, op. et toc. cit..

(119)  L. FEFFER, et P. PERRIN, op. cit., p. 95.

(120)  G. FAIDER, op. cit., p. 45.

(121)  G. FOURNIER, op. cit., p. 62.

(122) Ch. LELONG, op. cit., p. 158.

 

(p.21) Le latin parlé était resté la langue des familles aisées et cultivées, mais il s'agissait d'un latin populaire, la rustica romana lingua (123), une langue en pleine évolution qui préparait le wallon (124). C'est ce latin qui fut adopté par certains Francs à leur arrivée dans notre pays.

Un texte du VIIe siècle nous apprend que la localité de Fosses avait, à cette époque, gardé son nom celtique, malgré la romanisation. A l'arrivée de saint Feuil-lien, Fosses portait deux noms : Bebrona (en celtique) et Fossa (en latin), tout comme certains habitants parlaient le celtique et d'autres le latin (125).

A côté de la population gallo-romaine qui formait la grande majorité, une minorité de colons francs continua à user de son propre idiome, et cela jusqu'au IXe siècle au moins. Ces colons ne renoncèrent pas à leur dialecte ancestral, le francique et il fallut attendre le XIe siècle pour que la langue germanique soit complètement éteinte dans l'Entre-Sambre-et-Meuse. Du reste, l'influence du fran­cique sur la phonétique et sur le vocabulaire du wallon ne doit pas être sousesti-mée(126). L'appelation de "Wallon" n'est autre que celle par laquelle les Francs désignaient leurs voisins de langue latine : Wala (127).

En fait, bon nombre de nos ancêtres étaient plurilingues. Comme l'écrit M.-J. Daxhelet (128), certains Francs se sont mis à apprendre le latin - c'était une question de prestige - et beaucoup de Gallo-Romains ont voulu apprendre le fran­cique - c'était une question de mode.

Quant au latin classique, il ne réapparaîtra chez nous qu'après la venue de saint Feuillien et de ses compagnons qui l'avaient étudié aux bonnes sources et comme une langue étrangère. Lorsque le latin redevint correct, ce fut parce que désormais il était une langue morte (129).

 

(123)  M.-J. DAXHELET, op. cit., p. 164.

(124)  Ch. LELONG, op. cit., p. 159.

(125)  Additamentum Nivialense de Fuilano, op. cit., pp. 449 et 451 :  "nuncupatur Bebrona" (s'appelle Bebrona) "alio nomine Fossa" (d'un autre nom, Fosse). Sur cette question, voir ci-dessous, p. 67.

(126)  M. GYSSELING, Le Namurois, région bilingue jusqu'au VIIIe siècle, dans le Bulletin de la Société royale de toponymie et de dialectologie, t. 21, 1947, pp. 208 et 209. G. FAIDER, op. cit, p.47. Pour commander aux dernières troupes "romaines" dans la Gaule du Nord, il était bon de parler allemand. Les petits-fils de Clovis utilisaient encore la vieille langue d'Outre-Rhin : G. KURTH, op. cit., p. 248. F. LOT La fin..., op. cit., p. 231

(127)  H. PIRENNE, op. cit., p. 25.

(128)  M.-J. DAXHELET, op. cit., p. 226.

(129)  F. LOT, La fin..., op. cit., p. 405.