20/09/2012

(Lecomte, 1994, p.27-28) Rathmat (Connemara)

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19/09/2012

(Lecomte, 1994, p.28-29)

(p.28) Un des moines les plus célèbres d'Irlande, saint Brendan le Navigateur (17) avait, vers 550, fondé un monastère sur l'île d'Inchiquin, en un endroit portant le nom celtique de Rathmat (18). On raconte - mais ce n'est nullement établi - que saintl Brendan était l'oncle de saint Feuillien et de ses frères, et qu'il leur aurait inculqué, dès leur enfance, les principes de la religion chrétienne, à Rathmat (19). Quoi qu'il en soit, le monastère de Rathmat fut, au IXe siècle, saccagé par le Vikings, puis déserté par les moines (20). Il n'en reste plus rien, sauf peut-être quel­ques pierres éparses sur le sol.

 

(17)  Saint Brendan (+ 577) fonda plusieurs monastères en Irlande, mais il passa une partie de sa vie à errer sur l'élément liquide, à la tête d'une communauté flottante qui parcourait les mers, en psalmo­diant jour et nuit. Il aurait fait un voyage en Amérique et la légende rapporte qu'étant parti à la recherche du paradis terrestre et ayant vogué en plein Atlantique sur le dos d'une baleine, il accosta aux îles Canaries dont il revint sept ans plus tard, ne tarissant plus de récits merveilleux sur son séjour en ces îles bienheureuses : L.  GOUGAUD, Les Saints Irlandais hors d'Irlande, Louvain, 1936, pp. 6 à 15. - C. DESILES, Aux Canaries, Paris, Hachette, 1989, p. 8.

(18)  Le professeur J.B. Me HUGH est formel : Rathmat est le nom celtique d'une partie de l'île d'Inchi-quin et c'est saint Brendan qui y a fondé un monastère, en 552. Le Père De BUCK et l'historien E. BROUETTE commettent donc une erreur lorsqu'ils identifient Rathmat avec Killursa, un endroit où saint Fursy, comme nous le verrons, construisit, plus tard, un monastère (DE BUCK, Commentarius preavius, dans les Acta Sanctorum, octobris, XIII, p. 377. - E. BROUETTE, op. cit., verbo Fursy, col. 476). Cette erreur extraite d'une biographie peu crédible de saint Fursy (Acta Sanctorum, janua-rii, II, p. 411), est reprise par plusieurs auteurs, notamment J. NOËL, Les processions et la marche de Saint-Feuillien à Fosse, Fosses, s.d., p. 14).

(19)  Que saint Brendan ait connu saint Feuillien lorsque celui-ci était petit enfant, c'est possible, mais qu'il ait, plus tard, dirigé son éducation monastique paraît peu vraisemblable : voir ci-dessous, p. 69.

(20) Renseignements recueillis de la bouche du professeur Me HUGH auquel j'adresse mes vifs remercie­ments.

 

(p.29) Une biographie de saint Fursy (la "vita Fursei") composée en 656, c'est-à-dire un an après le décès de saint Feuillien (21), constitue la source historique la plus fiable des événements qui ont marqué l'existence de Feuillien et de ses frères avant leur exil dans nos régions (22). "Ce document étant contemporain des événements qu'il rapporte, il s'agit d'un texte d'une rare valeur historique. Le style en est fruste, sobre et généralement dépourvu d'éléments légendaires" (23). Le célèbre chro­niqueur anglais Bédé le Vénérable (672-735) a repris les principaux éléments de cette "Vita Fursei" dans son "Histoire ecclésiastique de la nation anglaise" (24).

Les événements merveilleux qui auraient entouré la naissance de Feuillien (25) relèvent de la plus haute fantaisie ; ce sont des poncifs de l'hagiographie irlandai­se (26).

Le nouveau-né fut baptisé sous le nom celtique de Faelan (27) qu'il porta au cours de son séjour en Angleterre. Chez nous, son nom fut latinisé en Foilnan(us) (28) puis en Folean(us), Fuillan(us), Foillan(us) ou Follian(us), par les auteurs de ses biogra­phies médiévales (29). De nos jours, on l'appelle Flien ou Foliaan en Allemagne, Pholien à Liège, Folian, Foillan ou Foillien en France, Feuillen ou Feuillien en Wallonie, et à Fosses, "Noss' bon sint Fouyin'30'.

Feuillien était issu d'une famille de noble origine et peut-être même d'origine prin-cière'31'. Rien ne permet d'affirmer qu'il était fils de roi (32), et encore moins qu'il descendait de telle dynastie (33). En fait, il existait, à cette époque, tellement de "rois" en Irlande'34', que Feuillien était probablement apparenté à l'un d'eux, sans

 

(21)  Cette "vita" a été publiée par B.  KRUSCH dans les Monumenta Germaniae Historica, S.R.M., 1902, IV, pp. 434 à 440, et par les Bollandistes dans les Acta Sanctorum januarii, II, pp. 401 à 405. - Elle a été écrite à Péronne en 656 ou au début de 657 :  A. DIERKENS, op. cit., pp. 70 et 304.

(22)  A condition, bien sûr, d'en éliminer les poncifs traditionnels :  S. BALAU, Etude critique des sources de l'histoire du pays de Liège au Moyen Age, Bruxelles, 1903, pp. 235 et 236.

(23)  L. NOIR, op. cit., p. 4, note 1 et les références citées.

(24)  Bédé Le Vénérable, Historia ecclesiastica gentis Anglorum, livre III, chapitre 19, publié par C. PLUMMER, Venerabilis Baedae opéra historica, Oxford, 1896, t. 1, pp. 163 à 169.

(25)  J. NOËL, op. cit, p. 13, et C. KAIRIS, op. cit., pp. 7 et 8, décrivent ces événements avec complai­sance : flammes illuminant la nuit, voix venant des cieux, source jaillissant du sol et éteignant un bûcher, etc... Ces récits légendaires sont tirés de biographies tardives de saint Feuillien et de saint Fursy, qui n'ont aucune valeur historique :  Cfr. Acta Sanctorum, januarii, II, col. 409 et 410, et octobris, XIII, col. 397 et 409.

(26)  La naissance des saints irlandais est féconde en prodiges, surtout ceux de la lumière et du feu... La région est baignée d'une lumière éclatante et les anges chantent dans les cieux :  I. SNIEDERS, op. cit., pp. 614 et 619. Ainsi le bûcher préparé pour la mère de saint Bairre refusa de s'allumer à cause de la sainteté de l'enfant qu'elle portait en elle.

(27)  Dans les martyrologues irlandais, on trouve les graphies de Faolan, de Fuilen et de Fullen : E. BROUETTE, Feuillien, dans le Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiques, 1.16, 1967, col. 1344. F. GRANNELL, Fuilen, dans le Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiques, t. 19, 1981, col. 330.

(28)  P. GROSJEAN, Notes, d'hagiographie..., op. cit., pp. 382 et 383. L. NOIR, op. cit., p. 7

(29)   Vie des Saints et des Bienheureux, selon l'ordre du calendrier, par les Révérends Pères Bénédictins, Paris, 1952, t.X, octobre, p. 1009. L. NOIR, op. cit., p. 7, note 4 et p. 8, note 1.

(30)  E. BROUETTE, Feuillien, op. cit., col. 1344. J. Noël, Les processions..., op. cit., p. 13. G. WY-MANS, Les circonstances de la mort de saint Feuillien, dans les Annales du Cercle archéologique et folklorique de La Louvière et du Centre, t.I, fascicule 2,  1962, p.  107, note 1, propose encore d'autres graphies du nom de Feuillien.

(31)  La vita Fursei et l'Historia ecclesiastica de Bédé le Vénérable font état d'une origine "noble" ou même "très noble" de Fursy et de ses frères, sans plus :  Vita Fursei, éd. Krusch, op. cit., p. 434 : "nobile quidam génère" (d'une famille noble). C. PLUMMER, Baedae Venerabilis opéra..., op. cit., Hv. III, chap, 19, p.164 :  "Erat vir iste de nobilissimo génère Scottorum, (cet homme était issu d'une famille irlandaise très noble).  Ce sont des biographies tardives et peu crédibles qui font mention d'une origine royale (Acta Sanctorum, januarii, II, col. 406, 409 et 410) qui fut reprise, en cascade, dans des notices ultérieures, comme celle de M. CHAPELLE et R. ANGOT, Les Processions et la Marche Militaire de la Saint-Feuillien à Fosses-la-ville, Mettet, 1980, p. 23.

(32)  A. LE ROY, Folian, dans la Biographie Nationale, t. VII, col. 178. E. BROUETTE, Fursy, op. cit., col. 476.

(33)  C. PLUMMER, op. cit., t. II, p. 171.

(34) A cette époque, l'organisation politique et sociale de l'Irlande, assez primitive, reposait sur le clan. Ces clans, en se groupant, constituaient les tribus. A leur tour, celles-ci se répartissaient en cinq provinces qui se partageaient le sol de l'île. La hiérarchie des chefs correspondait à celle des territoi­res. A la tête de chaque tribu se trouvait un roi, mais il était subordonné au roi de la province . Celui-ci reconnaissait, pour tout le pays, un roi suprême :  I. SNIEDERS, op. cit., p. 598.

(Lecomte, 1994, p.30) Clonfert / Galway

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