19/09/2012

(Lecomte, 1994, p.60) L'endroit où saint Feuillien aurait été assassiné au Roeulx

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(Lecomte, 1994, p.60-65)

(p.60) Une chapelle commémorative, détruite à la Révolution française, prétendait marquer le lieu exact où périrent saint Feuillien et ses compagnons. Elle se dressait sur une petite île située au milieu du grand vivier de l'abbaye, actuelle­ment dans le parc du château du Rœulx. Au XIe siècle, on y voyait déjà une petite égli­se de bois et un autel dédiés à saint Feuillien (3). Actuelle­ment, il n'en reste plus rien.

D'après la légende, une sour­ce aurait jailli à l'endroit où l'on releva la tête de saint Feuillien, séparée du tronc par ses meurtriers. Une cer­taine tradition situe l'endroit où saint Feuillien fut décapité non pas sur l'îlot de l'étang, mais à quelques mètres du bord de celui-ci, à proximité d'une source qui existe tou­jours. Il y a quelques dizai­nes d'années d'ici, le prince Etienne de Croy, propriétai­re du château, avait fait ins­taller un banc à cet endroit, et il allait souvent s'y asseoir, en disant : "Je vais dire bon­jour à saint Feuillien" (4).

 

(3) G. WYMANS, op.cit., p.12à. P. GROSJEAN, op.cit., p.402 et p.406, note 5.

(4) Je tiens à remercier le prince Olivier de Croÿ qui m’a aimablement autorisé à parcourir les leux, ainsi que Monsieur Willy Van San qui m’a réservé un excellent accueil.

 

(p.61) Une question fondamentale se pose au sujet des circonstances de la mort de saint Feuillien. Comment peut-on considérer celui-ci comme un martyr, alors que l'Additamentum" révèle qu'il fut, en fait, assassiné et détroussé par des brigands ?

C'est tout simplement parce que la notion du "martyre" était, chez les Irlandais, différente de la signification que nous attribuons habituellement à ce terme.

Pour nous, un martyr, c'est une personne qui a souffert la mort pour avoir refusé d'abjurer sa religion.

Les Irlandais, par contre, distinguaient trois sortes de martyres : le martyre blanc, le martyre vert et le martyre rouge (5).

La langue religieuse de l'Irlande présentait une physionomie tout à fait par­ticulière. Elle était pleine de coloris. Un homicide, par exemple, se disait "une main rouge", un jeûne très sévère, "un jeûne noir".

Le martyre blanc, c'était le culte de la chasteté et la pratique de la discipline monastique, faite de sacrifices et de renoncements.

Le pape Grégoire le Grand adopta lui-même cette interprétation extrême du marty­re. "Il en va de même, écrit-il, de ces saints personnages qui, encore qu'ils n'aient point vécu dans un temps de persécutions, se sont immolés dans le secret de leur cœur au Dieu tout-puissant, et, par là, en dépit des conditions de paix au milieu desquelles ils vécurent, ils ont véritablement cueilli la palme du martyre (6). On peut en déduire que saint Feuillien a, par la pratique de la discipline monasti­que et par ses pérégrinations "pour l'amour de Dieu", vécu le martyre blanc.

Le martyre vert, c'était le martyre du repentir et de la pénitence. On subissait le martyre vert quand on s'imposait des privations et des épreuves pour expier ses péchés. Les moines irlandais pratiquaient des pénitences particulièrement éprou­vantes, telles que les "jeûnes noirs" au cours desquels tout aliment de couleur blanche, tel que lait, fromage, œuf, était interdit, ou encore les veilles passées en prières sur lit d'orties ou de coques de nois, ou mieux encore dans un tombeau, avec un cadavre.

On s'est interrogé sur la raison d'être de l'attribution de la couleur verte au martyre de la pénitence. Un traité irlandais sur le symbolisme des couleurs considère le vert comme la couleur de deuil, "car cette couleur rappelle la tombe à l'issue de la vie, sous le monticule de terre : verte, en effet, est originairement toute terre (7)... La verte Irlande !

Saint Feuillien qui durant toute son existence, s'est soumis aux exigences des péni-tentiels monastiques, pouvait prétendre à l'auréole du martyre vert, mais il aspirait, comme la plupart des saints irlandais de son époque, à recevoir la palme du marty­re rouge.

Le martyre rouge consistait à sacrifier sa vie pour le nom du Seigneur, à répandre son sang pour l'amour du Christ. Cette notion était beaucoup plus large que celle par laquelle nous définissons aujourd'hui le martyre. On raconte qu'un des compa­gnons de saint Brendan le Navigateur sauta d'une embarcation, sur une plage cou­verte de chats de mer et qu'il réussit, comme c'était son intention, à se faire dévorer par ces bêtes : les Irlandais lui décernèrent la palme du martyre rouge (8). Saint Feuillien qui fut sauvagement assassiné au cours d'un voyage entrepris "pour les besoins du troupeau confié à ses soins" reçut, lui aussi, cette palme du martyre

 

(5)  Toutes les considérations qui suivent, relatives au martyre, sont tirées de L. GOUGAUD, Les concep­tions du martyre chez les Irlandais, dans la Revue Bénédictine, 1907, pp. 360-373.

(6)  L. GOUGAUD, Les conceptions du martyre..., op. cit., p. 373.

(7)  L. GOUGAUD, op. cit., p. 371. On a donné d'autres explications au choix de la couleur verte : toute repentance sincère engendre l'espérance du salut. La pénitence est considérée comme la planche de salut après le naufrage, et la couleur verte symbolisait peut-être déjà l'espérance.

(8) GOUGAUD, idem, p. 364, note 3.

 

(p.62) rouge, même si les circonstances dans lesquelles il perdit la vie ne constituent pas, au point de vue théologique, un martyre proprement dit (9).

Le plus ardent désir des moines irlandais était de mourir pour l'amour du Christ.

"Volontiers, écrivait saint Patrick, je sacrifierais ma vie pour le nom du Seigneur, et cela très joyeusement".

D'où les dernières paroles de saint Feuillien lorsqu'il vit ses assassins se précipiter vers lui :  "Deo Gratias ! Rendons grâces à Dieu !".

"Au martyre blanc, qui avait fait l'ornement de toute la vie de Feuillien, son trépas sanglant vint ajouter la gloire du martyre rouge" (10).

 

2. Les recherches et la découverte des corps

A.  Texte

" Mais comme Feuillien et ses compagnons n'étaient pas arrivés à l'endroit convenu, leurs frères, agités par des sentiments d'inquiétude et de solidarité, le firent savoir partout et entreprirent des recherches ; de son côté, Gertrude, la vierge du Christ mentionnée plus haut, après avoir supplié le Seigneur par des jeûnes et par des prières et après avoir envoyé des messagers partout dans le voisinage, tira au clair cette ténébreuse affaire. Et c'est ainsi que, le septante-septième jour après le décès de Feuillien, les vénérables corps furent retrouvés. Ce nombre (77) ayant des connota­tions mystiques dans de nombreux passages des saintes écritures, les corps furent découverts à la date anniversaire du jour où le bienheureux Fursy (le frère de Feuil­lien) avait migré de son corps vers le Seigneur ".

 

B.  Commentaires

Ce texte, de même que celui qui relate les circonstances de l'assassinat, sont telle­ment précis qu'on les a qualifiés de "procès-verbaux de police ou de gendarme-

rie" (11).

Une remarque s'impose au sujet du jeûne de sainte Gertrude. A l'époque, jeûner n'était pas uniquement un acte de pénitence. Dans l'Irlande païenne, le jeûne était pratiqué comme une procédure teintée de magie, pour obliger un débiteur à s'ac­quitter de sa dette. Les chrétiens, eux aussi, jeûnaient pour forcer une autorité divine ou humaine à donner satisfaction à leurs demandes (12). Ces jeûnes étaient donc des espèces de "grèves de la faim".

Saint Feuillien et ses compagnons furent mis à mort après avoir récité les matines le jour de la Saint-Quentin, donc le 31 octobre 655, et leurs corps furent retrouvés le 16 janvier 656, qui est précisément la date anniversaire du décès de saint Fursy (13).

Pour le Père Grosjean, la réflexion sur l'espace de temps qui sépara de l'assassinat la découverte des corps, septante-sept jours, constitue un indice de la formation

(9) L. GOUGAUD, ibidem, p. 366, note 5. Au Moyen Age, on donnait facilement le titre de martyr à celui qui avait été assassiné de façon barbare : Vies des saints..., op. cit., p. 1010. Au sujet de saint Feuillien, l'auteur des Annales de l'Ordre des Prémontrés se permet une remarque malicieuse rapportée par L. NOIR (op. cit., p. 59, note 1). Saint Feuillien, écrit-il, peut être considé­ré comme "un martyr" à condition toutefois d'appeler martyr quelqu'un qui est tué par des voleurs convoitant un butin" (Si tamen appelles martyrem qui a latronibus praedas inhiantibus occiditur).

 

(10)  L. GOUGAUD, Les saints irlandais..., op. cit., p. 102.

(11)  L. NOIR, op. cit., p. 39.

(12)  I. SNIEDERS, op. cit., p. 604.

(13)  P. GROSJEAN, Notes d'hagiographie ..., op. cit., p. 384. Les Annales Laubienses portent, à la date de 655 :  "Saint Feuillien couronné du martyre, repose à Fosses."

 

(p.63) irlandaise de l'auteur de l"'Additamentum" : le souci prédominant de la valeur mystique des nombres est bien irlandais et l'exemple qu'en fournit l'"Additamen-tum" compte parmi les plus anciens (14).

Ajoutons que sainte Gertrude et ses moniales ne se contentaient pas de s'appliquer aux œuvres de piété et de charité ; elle s'adonnaient aussi à l'étude des Saintes Ecritures et elles avaient fait venir des livres d'outre-mer, c'est-à-dire d'Irlande, pour les aider dans leurs recherches religieuses (15).

A Fosses, un autel situé dans la crypte de la Collégiale était autrefois consacré à sainte Gertrude, et une fontaine, au lieu-dit "Le Grand Gau", portait le nom de "Fontaine Sainte-Gertrude". Le souvenir de l'attachement de sainte Gertrude en­vers saint Feuillien engendra, au Moyen Age, des rapports de fraternité entre les chanoines de Fosses et les chanoines de Nivelles (16). Nous y reviendrons.

 

3. Le transfert des corps à Nivelles et l'ensevelissement de saint Feuillien à Fosses

 

A. Texte

" On ramassa les corps à la lumière de torches et de bougies, puis les membres du clergé et des hommes du peuple les transportèrent respectueusement sur leurs épaules pendant toute la nuit, en chantant des antiennes et des hymnes religieux, jusqu'au monastère de Nivelles.

" Et comme le vénérable évêque Didon Pictavensis et l'illustre maire du palais Gri-moald étaient venus, le jour même, à Nivelles, pour visiter les saints lieux (le monas­tère), le Seigneur les avertit tous deux de l'arrivée des corps. En effet, alors que l'évêque se reposait après les prières du matin et qu'il se demandait, dans son som­meil, ce qui se passait, il se vit ordonner de se hâter, au plus vite, pour aller à la rencontre du bienheureux Hélie ! Se levant sur-le-champ, il demanda à l'un de ses subordonnés de quoi il s'agissait et celui-ci lui apprit l'arrivée des vénérables corps. Peu après, Didon alla directement à leur rencontre, il versait des larmes abondantes en finissant des prières et en entonnant des hymnes à la gloire du Seigneur ; il se chargea de l'auguste corps de Feuillien, en même temps que l'éminent maire du palais, mentionné ci-dessus, et ils le transportèrent tous deux sur leurs propres épau­les.

" Le corps (de Feuillien) fut accueilli dans le monastère des vierges saintes (à Nivel­les) et après en avoir prélevé des reliques, on le ramena respectueusement, en chan­tant des psaumes et des hymnes, dans son propre monastère. Des notables accou­raient de toutes parts à sa rencontre et le transportaient sur leurs épaules. On lui rendit les derniers honneurs et on le mit en place dans un lieu très connu et appelé, d'un autre nom, Fosse, où ses prières sont exaucées, grâce à notre Seigneur Jésus-Christ, Dieu qui avec le Père et le Saint Esprit vit et règne pour les siècles des siècles. Amen. "

 

B. Commentaires

 

Le "Vénérable évêque Didon Pictavensis" était, comme nous allons le voir, un personnage fort peu recommandable. Il s'agit de Didon, l'évêque de Poitiers.

 

(14)  P. GROSJEAN, idem, p. 381.

(15)  M.-J. DAXHELET, op. cit., p. 159.

(16) Au sujet de sainte Gertrude, voir notamment la notice du doyen J. CREPIN, dans "Les Cloches de Saint-Feuillien", n° 16, d'avril 1924.

 

(p.64) L'auteur de l'"Additamentum" rapporte que le jour de la découverte des restes de saint Feuillien (le 16 janvier 656), Grimoald, maire du palais d'Austrasie et frère de sainte Gertrude, venait d'arriver auprès d'elle, avec Didon. Ces illustres visiteurs, ajoute-t-il, étaient venus en pèlerinage à Nivelles, "pour visiter les saints lieux".

En réalité, Grimoald et Didon avaient bien d'autres soucis que la visite du monastère de Nivelles. Ils conspiraient contre le roi mérovingien d'Austrasie, Sigebert III (17).

Celui-ci, âgé de 27 ans, n'avait pas d'enfant et Grimoald était parvenu à lui faire adopter son propre fils, Childebert.

Retenons bien les dates : le 16 janvier 656, Grimoald et Didon sont à Nivelles. Une quinzaine de jours plus tard, le 1er février 656, le roi Sigebert III meurt mysté­rieusement et Grimoald en profite pour installer "Childebert l'Adopté" sur le trô­ne... (18).

De là à en conclure que Grimoald et Didon préparaient ce coup d'Etat, il n'y al qu'un pas que les historiens n'ont pas hésité à franchir.

Voici comment le Père Grosjean rapporte ces événements : "Sigebert III, en 656, n'avait que 27 ans. Sa mort, si elle fut naturelle, s'annonçait peut-être déjà par quelque maladie. Grimoald et Didon, dans ce cas, se seraient concertés pour agir sans le moindre délai, dès que le roi aurait rendu le dernier soupir. Leur I réputation à eux deux est assez déplorable pour permettre de suggérer qu'ils n'au­raient pas manqué l'occasion d'accélérer quelque peu un trépas utile à leurs projets. Si l'ignorance de l'effet exact des poisons, dans le haut moyen âge, déconseillait cette méthode trop peu sûre, le recours à l'étouffement sous des oreillers, s'indi­quait, en cas de nécessité... La coïncidence des dates (16 janvier, réunion à Nivel­les) et 1er février (mort du roi Sigebert) donne beaucoup à penser..." (19). Cette hypothèse est d'autant plus plausible qu'il fallut, après le décès de Sigebert III, se débarrasser du prétendant légitime au trône, et que Grimoald confia à l'évêque Didon le soin de le faire tonsurer et de l'envoyer en Irlande, où il fut enfermé dans un monastère (20).

Le seul passage de l'"Additamentum", qui fait place à la légende et au merveilleux, est celui où Didon est averti par un songe que les corps des martyrs ont été retrouvés.

"L'évêque Didon, écrit le Père Grosjean, était fort capable de l'imaginer, pour édifier dûment ses hôtes (21).

Quant au bienheureux "Hélie" que Didon prétend avoir vu en rêve, il s'agit peut-être d'un moine irlandais qui, suivant une légende, aurait accompagné saint Feuil­lien à Gand, vers 633, (22) ou du prophète Elie, personnage de l'Ancien Testament (23).

L'auteur de l'"Additamentum" atteste que saint Feuillien fut inhumé à Fos­ses, tandis qu'il ne fait pas mention du transfert, au même endroit, des restes de ses trois compagnons.

Où ceux-ci furent-ils inhumés ? Où ont-ils trouvé leur dernière demeure ?

 

(17)  L. NOIR, op. cit., p. 54.

(18)  R. AVERMATE, op. cit., p. 27. F.-L. GANSHOF, op. cit., p. 20. F. LOT, La fin..., op. cit., p. 358.

(19)  P. GROSJEAN, Notes d'hagiographie..., op. cit., p. 392.

(20)  Vingt ans plus tard, les partisans de la monarchie franque le rapatrièrent et il régna sous le nom de Dagobert II. La tentative de Grimoald qui voulait substituer sur le trône d'Austrasie sa descendance à celle des Mérovingiens, avait échoué. Grimoald périt en prison et son fils "Childebert l'Adopté" disparut, lui-aussi : F. LOT, C. PFISTER et F.-L. GANSHOF, op. cit., pp. 282 et 283. L. NOIR, op. cit., p. 55.

(21)  P.. GROSJEAN, Notes d'hagiographie..., op. cit., p. 382, note 3.

(22)  Voir J. NOËL, Les processions..., op. cit., p. 14 et C. KAIRIS, op. cit., p. 9.

(23) Une biographie postérieure de saint Feuillien, datant du XP siècle, identifie ce mystérieux personnage avec le prophète Elie : L. NOIR, op. cit., p. 11, note 3.

 

(p.65) On ne décèle aucune trace d'une vénération quelconque de leurs reliques ni au Rœulx, ni à Nivelles, ni à Fosses.

Au XIe siècle, un hagiographe fossois affirma qu'avant de transporter à Fos­ses le corps de saint Feuillien, on enterra ses trois compagnons dans l'église de Nivelles... C'est sur base de cette affirmation que d'autres hagiographes se sont, au Moyen Age, transmis l'idée que les trois corps avaient été enterrés à Nivelles (24).

En 1950, au cours de fouilles entreprises dans les sous-sols de la Collégiale de Nivelles, on découvrit, dans la partie carolingienne de cet édifice, un sarcophage datant du VIIIe siècle. Il contenait trois crânes et des ossements incom­plets paraissant avoir appartenu à trois indivi­dus. On émit l'hypothèse qu'il s'agissait peut-être des restes des trois compagnons de saint Feuillien (25).

Une dizaine d'années auparavant, en 1941, au cours de sondages effectués dans le sous-sol de cette même Collégiale de Nivelles, les prospecteurs avaient mis à jour une pierre de forme rectangulaire dont la partie supérieure présente celle d'un trapèze.

Cette pierre, datée du VIIIe siècle, porte une inscription latine, en caractères mérovingiens ou carolingiens, en partie effacés et difficilement déchiffrables. Elle mesure 14 cm de large, 15,5 cm de haut, et 4,5 cm d'épaisseur. Elle est ac­tuellement conservée, avec d'autres vestiges pré­romans, dans le sous-sol de la Collégiale de Ni­velles (26).

Un érudit nivellois, J.-H Gauze, entreprit l'exa­men approfondi de cette pierre et, après un tra­vail de déchiffrement laborieux, il parvint à y lire le texte suivant : "Hic requiescunt membra in lata beata memoriam sunt Fuyaloni cui fue-runt interfecti : nonis iulii" (Ici reposent des res­tes, ils ont été transférés là, aux nones de juillet, en bienheureuse mémoire de Feuillien avec le­quel ils furent massacrés).

L'auteur de ce déchiffrement en conclut que les restes des compagnons de saint Feuillien qui, le 16 janvier 656, furent ramenés à Nivelles, au monastère de sainte Gertrude, furent transférés une première fois (au VIIe siècle) dans l'église bâtie par l'abbesse Agnès, et par après dans la basilique carolingienne, à l'endroit où ils furent retrouvés au cours des fouilles de 1950 (27). Quant au corps de saint Feuillien, on le transporta du Rœulx à Nivelles où on en préleva des reliques, puis il fut ramené solennellement à Fosses où il fut inhumé et vénéré, ainsi que le relate, en détails, l'auteur de l'"Additamentum".

 

(24)  P. GROSJEAN, Notes d'hagiographie..., op. cit., pp. 407 à 419.

(25)  J.-H. GAUZE, La pierre carolingienne de Nivelles, dite de Saint-Feuillien, dans Le Folklore braban­çon, 1961, pp. 421 et 422.

(26)  J.-H. GAUZE, op. cit., p. 418.

(27)  J.-H. GAUZE, idem, pp. 427 et 428. DIERKENS et J. MERTENS, par contre, proposent une lecture différente de la pierre carolin­gienne de Nivelles et ils en concluent qu'on ne peut en tenir compte pour l'histoire des reliques des comoasnons de saint Feuillien : A. DIERKENS, op. cit., p. 173, note 24.

(Lecomte, 1994, p.65-66) Reliques de saint Feuillien

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