19/09/2012

(Lecomte, 1994, p.76-77)

(p.76) et un petit diamètre de 41 mètres (A). A l'intérieur, une église (B) et deux oratoires (C) voisinent avec trois cellu­les (D) et plusieurs stèles (E). Une peti­te cellule (F) est édifiée à l'extérieur du rempart qui n'a qu'une seule porte (G) et qui, comme les autres édifices, est construit en pierres.

 

C. Mode de construction des bâtiments

La plupart des historiens estiment que le monastère de saint Feuilien était "probablement" construit en bois, "suivant la coutume irlandaise". Cette affirmation se base sur un texte de Bédé le Vénérable qui rapporte que saint Finan éleva, au milieu du VIIe siècle, sur l'île de Lindisfarne (en Angleterre), une église "construite à la manière des Scots, non pas en pierres, mais entièrement en chêne taillé (21).

A cela on peut ajouter qu'une partie au moins du monastère édifié par saint Feuil-lien et par ses frères à Cnoberesburgh était en bois (22) et que l'usage du bois comme matériau de construction s'était, au VIP siècle, généralisé dans nos campagnes (23).

En Irlande, par contre, si certains bâtiments monastiques étaient construits en bois, d'autres, en revanche, étaient édifiés en pierre. On ne peut douter qu'au VIIe siècle certaines églises y aient été construites en pierre. A Armagh (Ulster) par exemple, il existait une église de pierre et des oratoires de bois (24).

Pourquoi saint Feuillien qui connaissait cette technique de construction, plus solide et plus sûre, ne l'aurait-il pas employée, au moins pour construire l'église de son monastère ? Ne fallait-il pas préserver, avec un maximum de précautions, les reliques, les livres sacrés et les objets du culte, de la convoitise des malfaiteurs ? Certes l'usage de la pierre comme matériau de construction constituait un luxe, mais saint Feuillien, répétons-le, disposait des moyens et de la main-d'œuvre néces­saires.

Le schiste, le calcaire et le grès ne manquaient pas à Fosses (25) et les moines pou­vaient aussi utiliser les ruines des bâtiments romains.

De fait, les archéologues J. Mertens et J. Jeanmart ont repéré, sous la Collégiale actuelle, des vestiges en pierre, notamment des blocs massifs en calcaire, qui proviennent probablement du monastère de saint Feuillien (26). Nous y revien­drons.

 

(19)  Commentaires et croquis d'après F. HENRY, op. cit., p. 96, F. CABROL et H. LECLERQ, op. cit.,  verbo Celtique, t.  II, col.  2924 et 2925, et P. HARBISON,  Guide to National and Historic Monuments of Ireland, Dublin, 1992, p. 13.

(20)  J. CREPIN, Le monastère, op. cit., p. 359. E. BROUETTE, op. cit., verbo Fosses, col. 1218. C. LAMBOT, L'oratoire du martyrium de saint Feuillien à Fosses, dans la Revue Bénédictine, t. 79, 1969, p. 282, note 2.

(21)  Baedae Venerabilis, op. cit., Liv. III, Chap. 25 :  "Hcc/es/am more Scottorum non de lapide sed de robore secto totum construxit".

(22)   Voir ci dessus, p. 36.

(23)   Voir ci-dessus, pp. 13 et 14 - Adde G. FOURNIER, op. cit., p. 86, G. FAIDER, op. cit., p. 103, A. JORIS, op. cit., p. 39, et E. SALIN, op. cit., pp. 410, 433 et 434.

(24)  F. HENRY, op. cit., pp. 68 et 97.

(25)  M. CHAPELLE, op. cit., pp. 7 et 8.

(26) J. MERTENS, Recherches..., op. cit., pp. 171 et 172. J. JEANMART, Fosses-la-Ville, collégiale de Saint-Feuillien, dans Archéologie, 1975, 2, pp. 81 et 82.

 

(p.77) Il est permis, dès à présent, d'en déduire que certains bâtiments de ce mo­nastère étaient, au moins partiellement, construits en pierre.

Si, comme nous le croyons, saint Feuillien construisit l'église et peut-être certains oratoires et certaines cellules en pierres, quel était l'aspect de ces bâti­ments ?

Seule une étude des sites monastiques irlandais du VIIe siècle peut nous permettre de répondre à cette question. Commençons par l'enceinte du monastère.

 

D. L'enceinte

Au VIIe siècle, les moines irlandais construisaient leurs monastères dans des fortifications préexistantes (27) ou ils les entouraient eux-mêmes d'enceintes destinées à les protéger des brigands et à les isoler du monde extérieur (28). En Irlande, on retrouve de nombreux exemplaires d'établissements monastiques établis dans des enceintes défensives, dont les mieux conservés sont ceux d'Ardoilean, d'Oilen Tsenaig, de Nendrum et d'Inishmurray (29).

Comme l'écrit le professeur L. van der Essen, on ne se trompera pas de beaucoup en appliquant aux monastères irlandais fondés dans notre pays, la des­cription que fait Bédé le Vénérable du monastère édifié par saint Finan à Lindisfarne, en Angleterre : "L'enceinte du monastère est à peu près circulaire. Le mur de cette enceinte s'élève à l'extérieur un peu au-dessus de la taille d'un homme... Ce mur n'est pas fait de pierres taillées ou de briques réunies par du ciment, mais de pierres non dégrossies et de mottes de gazon, ainsi que de pièces de bois non façonnées, et d'herbes sèches (30).

A Fosses, l'emplacement de l'actuelle place du Chapitre qui, comme nous le savons, avait probablement servi à l'édification d'un établissement romain, se prê­tait admirablement, vu sa situation surélevée au milieu de terrains marécageux, à l'édification de l'enceinte du monastère de saint Feuillien. Cette enceinte se présen­tait vraisemblablement sous la forme de levées de terre bordées d'un fossé et sur­montées d'une palissade de pieux de bois<31).

Une construction de ce genre ne pouvait braver les siècles, mais il est possible que lorsque, trois cents ans plus tard, le prince-évêque de Liège, Notger, décida de protéger la ville des chanoines de Fosses par un rempart, il édifia celui-ci, du moins en partie, sur des vestiges de la première enceinte construite par saint Feuil­lien.

 

E. Les cellules des moines

Si les moines irlandais excellaient dans l'art de l'orfèvrerie et de l'enluminure des Livres Saints, ils étaient de piètres architectes.

En fait, ils n'avaient fait aucun progrès depuis les temps préhistoriques où les hommes construisaient leurs demeures suivant une méthode primitive consistant à

 

(27)  Soit des fortifications romaines, comme à Cnoberesburgh (voir ci-dessus, p. 36), soit des remparts d'anciennes fermes fortifiées (les "rath" irlandais), comme à Kells et à Glendalough : F. HENRY ,op. cit., pp. 41 et 95. - Les "rath" construits aux premiers siècles de notre ère, étaient entourés de fossés et de murs de pierre ou de palissades de bois, de forme plus ou moins circulaire et de 30 à 60 mètres de diamètre :  voir F. HENRY, op. cit., pp. 19, 67, 68, 69 et 91.

(28)   Comme à Skellig Michael : P. HARBISON, op. cit., p. 14.

(29)  F. CABROL et H. LECLERCQ, Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, Paris, t. II, 1910, verbo Celtique, col. 2923.

(30)  L. van der ESSEN, Le siècle des saints, op. cit., p. 91.

(31) G. FOURNIER, op. cit., p. 86. F. HENRY, op. cit., p. 69. M.-.J. DAXHELET, op. cit., p. 73.

 

(Lecomte, 1994, p.78-79)

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(32)

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Skellig Michael

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cellules sur Skellig Michael

(Lecomte, 1994, p.78-79)

(p.78) empiler des pierres les unes sur les autres, de manière à obtenir des huttes en

torme de ruches, des "beehive huts" comme disent les Anglais.

On trouve en Irlande, et plus particulièrement dans la péninsule de Dingle (Comté

du Kerry), un certain nombre de ces habitations préhistoriques construites suivant

la technique de l'encorbellement.

En voici un exemple.

(...)

 

Les moines irlandais du VIP siècle édifiaient donc leurs cellules suivant la même méthode de construction (33). Certaines de ces cellules sont restées pratique­ment intactes sur le site d'un monastère fondé à cette époque par saint Finan et situé sur un flanc de l'île rocheuse de Skellig Michael, qui se dresse dans l'Atlanti­que, a une douzaine de kilomètres de la côte du Kerry (34).

 

(32)  Fahan est un petit village situé dans la péninsule de Dingle, entre Ventry et Siée Head. A proximité hierT         g6'-         U" chamP en Penteraide< se trouve un groupe de "beehive huts" particulièrement

(33)  F. HENRY, op. cit., p. 69.

(34)  L'île de Skellig Michael (18 hectares) se présente sous la forme d'un roc pyramidal de 212 mètres de haut. Elle porte, sur une étroite terrasse (30 mètres de large), juste au-dessous de son sommet   le monastère de saint Finan  qui n'est accessible que par d'adrupts escaliers de pierre aménagés par'les moines^ II y a environ 2300 escaliers sur le pourtour de l'île :   voir The Skellig Experience , Cork Kerry Tourism, 1992, p.8.

 

(p.79) A Skellig Michael, il subsiste cinq cellules monastiques de ce tvoe Elles sont construites en pierres sèches, voûtées en encorbellement. Elles sont rondes à textérieur et carrées ou rectangulaires à l'intérieur™. Mis à part une grande cellule qui a un diamètre de 9 m 50 et une hauteur, sous voûte, de 5 m environ les autres se caractérisent par leur exiguïté : diamètre extérieur de 4 à 5 mètres - hau teur, sous voûte, d'un peu plus de 3 mètres. Les murs qui ont 1 m 20 à l m 80 d épaisseur sont verticaux jusqu'à la moitié de leur hauteur ; à partir de ce point commence la voûte. L'entrée consiste en une seule porte. Les cellules sont percées dune ou de deux petites fenêtres. A l'intérieur, des niches sont prises dans l'épais­seur de la muraille ; elles mesurent 60 cm de large et 30 cm de haut ; elles ont dû servir à poser des livres. Une croix celtique est gravée sur le linteau de la porte de la grande cellule. (36)

Ces cellules de Skellig   Mtchael peuvent nous donner une idée de celles du monas­tère de Fosses, si ces dernières étaient construites en pierres. Comment étaient-elles disposées ?

 

(35)  P. HARBISON, op. cit., p. 185. F. HENRY, op. cit., p.59.

(36)  F. CABROL et H. LECLERCQ, op. cit., vcrbo Celtique, col. 2923 et 2924.